LE BATEAU
Une coque, dématée, bois fendu,
goûte la vase du port échoué.
Un marin saoul s'enivrant du fruit défendu ;
l'un de ceux qu'on mord pour un temps,
aveugle, éperdu.
Ces mensonges que l'on croit sextants,
aussi lustrés, aussi brillants,
qu'on rêve de posséder, comme des étoiles,
pour défier le temps.
Demeurer, un clin d'œil, prisonnier d'une toile,
seul dans le néant,
vague dans les nuits en deuil
et fendre les larmes agitées de l'océan.
La chevelure d'une lune,
autrefois caressant
les pieds parfumés des jours à naître,
ne pleure plus l'abysse percée de sang,
versé pour le cœur en promesses esseulées,
sur la croix de la nuit, et dans l'oubli se fondant.
Dans les épaves des temps luit, perdu,
posé sur l'horizon de l'heure bleue,
un poète, enivré
de ses mers et de ses lumineuses oraisons.
Il lève l'ancre prise dans ses entrailles,
pour une arche surgie des eaux,
gonfle à nouveau ses voiles,
devenant dans le gouffre,
un bateau...
THE BOAT
A hull, dismasted, its wood split and torn,
tastes the silt of the wrecked port, forlorn.
A drunken sailor, inebriated by the forbidden fruit,
one of those bitten for a time —
blind, lost, in distraught pursuit.
These lies that we mistake for sextants, in sight,
as polished, as brilliant, as shining bright,
that we dream of possessing, like the stars,
to defy and outlast time's flight.
To remain a blink, prisoner of a sail,
alone in the empty space,
vague in nights of mourning, in their veil,
to cleave the troubled tears of the ocean's grace.
The tresses of a moon, once caressing
the perfumed feet of days yet unborn,
no longer mourn the abyss pierced through with blood,
shed for the heart's promises, lonely and forlorn,
on the cross of the night, and into oblivion melting like flood.
In the wrecks of time, lost, there gleams,
poised on the horizon of the blue hour fair,
a poet, intoxicated
with his seas and his luminous prayer.
He raises the anchor caught in his entrails,
for an ark from the waters surging,
fills anew his sails,
becoming, in the abyss,
a boat resurging...

