CRÉPUSCULE
La mer, aplanie par la lumière
d'un soleil dissolu,
s'étale comme le verre,
le temps n'existe plus...
Sous les flots lisses et somnolents
où vibrent les couleurs
d'un jour disparaissant,
se cache une vérité proscrite à mon cœur.
Mon âme fébrile se noie et tressaille
dans les joies éteintes d'un autre temps.
Elles coulent sous mes yeux et me tiraillent
comme un vieux marin perdu dans l'océan.
Mes pensées s'effilochent au gré des vents,
tels ces nuages disloqués,
dans l'agonie d'un ciel rougeoyant,
et le souvenir d'un soir d'été.
La lune esseulée, dans l'infini nocturne,
caresse mon âme, me révèle mon essence...
Alors le poète se perd, taciturne,
dans le doux déchirement du poids du silence.
TWILIGHT
The sea, flattened by the rays
of a dissolute sun, undone,
spreads like glass and stays,
time itself is none.
Beneath the smooth, somnolent stream,
where vibrate colours set apart,
of a day's last vanishing gleam,
hides a truth forbidden to my heart.
My fevered soul drowns and quakes,
in the extinct joys of another time;
they flow beneath my eyes — what aches —
like an old sailor lost in the ocean's rhyme.
My thoughts unravel on the wind's breath,
like dislocated clouds in flight,
in the agony of a sky's red death,
and the memory of a summer evening's light.
The lonely moon, in the infinite nocturne,
caresses my soul, reveals to me my essence...
Then the poet loses himself, taciturn,
in the sweet rending of the weight of silence.

