KARMA

Ce n'est pas l'ignorance qui a précipité la chute,

c'est le refus, le refus de voir,

de plonger, de se reconnaître.

L'homme fuit sa propre vérité comme on fuit le feu.

Mais ce feu-là est celui-là même

qui, ontologiquement, l'anime.

Il préfère les écrans, les couleurs, les cacophonies,

les mouvements : stériles déguisements.

Il joue, il rit, il divertit sa chute.

Il habite un labyrinthe de glaces

où les miroirs se répondent

mais ne renvoient que le vide.

Ce qu'il refuse d'accepter revient toujours à lui :

horreurs, guerres, eugénisme ou nazis,

peu importe le drapeau, peu importe la musique.

Il ne change rien.

Il ne fait que peindre le mur d'une autre couleur,

mais la pièce est la même,

et le monstre, toujours au centre,

prêt à se libérer de la cage.



KARMA

It was not ignorance that brought about the fall,

it was refusal — the refusal to see,

to plunge in, to recognise oneself.

Man flees his own truth as one flees fire.

But this fire is the very same

that, ontologically, animates him.

He prefers screens, colours, cacophonies,

movement: sterile disguises.

He plays, he laughs, he entertains his fall.

He inhabits a labyrinth of mirrors

where the reflections answer one another

but return only emptiness.

What he refuses to accept always returns to him:

horrors, wars, eugenics or Nazis,

whatever the flag, whatever the music.

He changes nothing.

He merely repaints the wall another colour,

but the room is the same,

and the monster, ever at the centre,

ready to break free of its cage.